Le coût des soins dentaires, un frein au droit à la santé pour tous ?

Avec les dispositifs « 100 % Santé », les autorités publiques ont souhaité réduire considérablement le reste à charge des patients pour les soins dentaires. Si la mesure a été accompagnée par les chirurgiens-dentistes et plébiscitée par les patients, elle n’a pas pour autant solutionné toutes les problématiques.

Nous nous sommes interrogés, il y a quelques semaines, sur l’accessibilité des centres dentaires à tous les patients, y compris aux personnes en situation de handicap. Si les problématiques physiques et pratiques sont essentielles pour faciliter la prise de rendez-vous chez un chirurgien-dentiste à chacune et à chacun, il reste un autre aspect à prendre en compte, celui présenté sous le terme disgracieux d’accessibilité économique.

L’accessibilité économique, un frein à une meilleure santé bucco-dentaire ?

 

On connait les recommandations des chirurgiens-dentistes pour une bonne santé bucco-dentaire, et cela passe notamment par une visite régulière chez son professionnel de santé. Mais le chirurgien-dentiste dispense aussi des soins prothétiques, des soins dits de dentisterie esthétique, des soins d’orthodontie, …. Or, pendant de nombreuses années, le coût des soins dentaires se caractérisait par un reste à charge élevé pour les patients, amenant une partie non négligeable de ces derniers à renoncer à ce type de soins pour des raisons économiques. Ce sont les mêmes arguments, qui en poussèrent d’autres à délaisser leur cabinet dentaire habituel pour se laisser aller au tourisme dentaire.

Une vaste étude (Santé et protection Sociale), publiée en 2017, étudiait le phénomène. Elle soulignait donc que si 5 % des patients renonçaient à une visite chez leur médecin généraliste pour des raisons financières, ce taux de renoncement bondissait à 17 % pour les soins dentaires, représentant le plus fort taux de renoncement de tout le milieu de la santé. 45.9 % de tous les renoncements en matière de santé se concentraient pour ces bucco-dentaires.

L’étude soulignait par ailleurs, que si ce renoncement concernait en grande partie les classes sociales les moins aisées, « 7.5 % des 20 % les plus aisés renonçaient également à ce type de soins », non pas parce que le cout le leur interdisait, mais uniquement parce qu’ils estimaient ces soins dentaires trop chers.

Une bonne santé bucco-dentaire passe aussi par la question financière

 

Ce renoncement aux soins n’est pas sans conséquences, puisque les pathologies non traitées et plus généralement l’état de santé des patients se dégradent. C’est donc pour lutter contre ce non-respect du « droit à la santé pour tous », que les autorités publiques ont adopté le panier « 100 % Santé ». Le dispositif, dont le déploiement s’est activé sur plusieurs années pour porter pleinement ses effets à compter du 1er janvier 2022, visait à faire reculer voire à faire disparaitre le reste à charge des patients pour les soins dentaires, d’optique et pour tout ce qui concerne les prothèses auditives. Les chirurgiens-dentistes se sont pleinement mobilisés. C’est ce que confirme le baromètre publié par l’union des complémentaires santé (UNOCAM). Au 1er semestre 2021, le panier 100 % santé représentait ainsi plus de 51 % des actes prodigués par les chirurgiens-dentistes de France.

Si c’est une avancée significative en ce qui concerne l’accessibilité des soins dentaires pour tous, des inégalités demeurent. Ces dernières ont conduit certains acteurs du secteur de la Santé à déclarer leur ambition d’aller encore plus loin, notamment avec une Grande Sécu, destinée à assurer la gratuité de tous les soins pour toutes et tous. La question divise tant les chirurgiens-dentistes que de nombreuses autres professions de santé, mais nul doute qu’elle fera l’objet de discussions à court ou moyen terme.

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